Pierre Laval

di Eric Green

Je viens de terminer la lecture des 1100 pages de l’ouvrage de M. Meltz et je peux affirmer que c’est un ouvrage exceptionnel, sur le fond comme sur la forme avec un style étincelant qui tranche avec la médiocrité de certains auteurs qui évitent d’avoir un vocabulaire trop riche de peur de vexer des illettrés de plus en plus nombreux. Par son ampleur, l’ouvrage de Renaud Meltz est plutôt destiné à un public universitaire, mais je crois sincèrement que sa lecture devrait intéresser de nombreux passionnés d’histoire. La seule chose qui me dérange dans l’exposé de M Meltz est en quelque sorte une démarche téléologique, qui puisque les mauvais choix conduisant à la collaboration avec l’Allemagne nazie sont connus essaye d’anticiper dans la longue carrière parlementaire les choix qui indiquent que l’on est déjà en présence d’un homme destiné à être un gibier de potence : cette vision déterministe constitue un vaste réquisitoire à charge dans tous les domaines contre Pierre Laval. Or, j’aurai tendance à penser qu’il est nécessaire en 2018 de procéder à une approche plus distante et froide qui ne prenne plus en compte les passions françaises toujours très fortes sur cette période. Il y a peu de temps le président de la république Emmanuel Macron a affronté une bronca médiatique pour avoir voulu rendre hommage à Philippe Pétain pour le centenaire de l’armistice de 1918, événement distant de 32 ans de ce qui sera l’Etat français et preuve surtout de l’immaturité des français qui ne sont pas capables de jeter un regard sur leur passé, car comme l’a écrit Henry Rousso, Vichy est un passé qui ne passe pas et met en pleine lumière l’attentisme et la couardise d’un grand nombre de français, loin de la France Libre de De Gaulle comme de la collaboration de l’Etat français décidée à Montoire par Laval, certes mais aussi par Pétain : Pétain qui apparaît curieusement en retrait par rapport à Laval alors qu’il a à cette époque tout cautionné, sans doute par abus de faiblesse, et puis il aurait eu place à quelques lignes pour montrer que c’est Darlan et son entourage de technocrates qui tenta de proposer aux nazis une collaboration militaire (protocole de Paris de 1941), car comme certains biographes de Darlan récents l’on évoqué, Pierre Laval est en quelque sorte une marque de paratonnerre. Je trouve aussi que M. Meltz insiste beaucoup trop sur le physique de Pierre Laval, et sur son teint sombre, au point de s’interroger sur quel ancêtre a bien pu apporter son patrimoine génétique, avec toutes les histoires du Jamaïk et bien d’autres passages encore. Mais c’est vrai, c’est seulement Pierre Laval, et on peut donc se laisser aller aux pires extrémités, qui pour toute autre biographie conduirait devant une juridiction de l’ordre pénal : c’est très regrettable. La carrière de Pierre Laval est remarquablement fouillée, de son poste comme pion dans un lycée à celui d’avocat et rapidement de politicien de la IIIème république, Pierre Laval est titulaire de deux licences une licence es science et une licence de droit qui lui permet de viser le barreau. Il devient rapidement l’avocat des humbles : anarcho-syndicalistes, pacifistes et autre qu’il défend assez brillamment et déjà apparaît son dégout de la guerre et son antimilitarisme qui lui valent d’être fiché au carnet B. Le reste est finalement une succes story française à partir de son bastion d’Aubervilliers, maire, député, sénateur, président du Conseil, avec une culmination en 1935 en matière de politique étrangère, avec sa tentative avorté de pacte avec l’URSS, reçu par Joseph Staline il essaye de négocier une alliance de revers contre Berlin, mais l’accord avec les soviets ne sera jamais complété par les annexes militaires lui permettant d’être opérationnel ( voir François Delpla “les papiers secrets du général Doumenc”); sur le plan des relations avec l’Italie on assiste à un phénomène identique un accord avec le Duce lui laissant les mains libres en Abyssinie et ouvrant donc pour Mussolini à une conquête militaire en règle, ce que ne semble pas comprendre Pierre Laval qui croit lui avoir cédé quelques arpents de désert en gage de son attachement aux puissances occidentales contre le III Reich, pour lequel le Duce n’a à l’origine aucune sympathie : mais la maladresse française et le travail de sape des britanniques vont conduire au vote de sanctions sur le pétrole contre l’Italie à la SDN qui décrédibilise totalement Pierre Laval (le Royaume-Uni et la France possèdent les empires coloniaux les plus vastes et la dureté de leurs méthodes de pacification les disqualifient pour juger l’Italie…). Donc finalement, Pierre Laval en 1935 se trouve en plus être le chantre d’une politique déflationniste qui ruine la France, avec une législation prise par décret-lois préparés notamment par Raoul Dautry.

Pierre Laval n’a pas réussi a être l’héritier d’Aristide Briand ni le successeur de Louis Barthou et va connaître une longue traversée du désert, jusqu’aux événements tragiques de mai/juin 1940, cela étant dit les crises d’expansion hitlériennes qui vont de l’annexion de l’Autriche à la conférence de Munich en 1938 n’ont pas été mieux gérés par ses successeurs… M Meltz essaye de ressortir à deux reprises la thèse du complot contre la république, en arguant de contacts assez creux entre Pétain et Laval plus ou moins lié à l’office de renseignement français aux États-Unis créé par René de Chambrun : la théorie du complot contre la république a été étudiée par les tribunaux de l’épuration et rien n’a été démontré de probant : en fait on pourrait dire que la IIIème République a elle même été l’artisan de sa débâcle. La procédure qui liquide la république au profit de ce qui deviendra l’Etat français est bien a mettre au compte de Pierre Laval, mais le formalisme juridique a été respecté, y compris le quorum pour les votes et même en tenant compte des exilés qui se trouvent sur le Massilia : la république c’est donnée la mort à une écrasante majorité : et c’est sans doute cet aspect historique putride que l’on veut oublier en prétendant que l’Assemblée a statué sous la menace… Il existe aussi encore de vieux débat sur la question de la nécessité de l’armistice et ses débats stériles se poursuivent encore, alors que l’on sait très bien que la France a connu une défaite écrasante et ne disposait plus de réserve : Weygand s’est appuyé sur Philippe Pétain pour demander aux Allemands les conditions d’un armistice : ainsi Paul Reynaud démissionna de sa fonction de président du Conseil avec l’accord du Président de la République Lebrun en espérant bien que Pétain comme nouveau président du conseil ait à faire face à des demandes exorbitantes qui le ridiculisent et le contraignent à une démission laissant la place vacante pour Paul Reynaud… Mais patatras ces calculs de machiavel de pacotille ont tourné court et s’est ainsi que la IIIème république commença sa terrible agonie. Bien sûr Pierre Laval est l’artisan de la politique de collaboration avec le IIIème Reich via l’ambassadeur allemand en France occupée Otto Abetz dont il devient le champion : depuis l’ouvrage de Jean Paul Cointet “Hitler et la France” on sait très bien que l’Allemagne n’était pas demandeuse d’une telle politique et que le sort de la France en cas de victoire des nazis allait être particulièrement funeste : ce qui commence d’ailleurs en 1940 avec le sort des territoires du nord et l’Alsace Lorraine rattachés au Reich et placé directement sous tutelle allemande…. Tout le monde devrait savoir cela en 2018, mais malheureusement il n’en est rien à ma connaissance. Finalement, le régime de Vichy est né d’une défaite odieuse et s’est prolongé par des calculs géopolitiques de gribouille, avec la volonté en cas de victoire allemande de ménager la meilleure place possible pour la France dans l’Europe allemande, car il exista bien un européisme nazi dont quelques ouvrages cernent bien la nature et dont M. Meltz fait une mention pertinente. On voit très bien toute la détestation entre le maréchal Pétain et son “dauphin” Pierre Laval qui suscite chez le vieux maréchal une répulsion quasiment physique. Après la double entrevue de Montoire sur le Loir, et l’absence de résultat de la politique de collaboration avec l’Allemagne nazie, Pétain qui a pourtant endossé lui-même une terrible responsabilité dans un message radiodiffusé resté célèbre va congédier et faire arrêter Laval le 13 décembre 1940 d’une manière particulièrement brouillonne. Pierre Laval va être délivré de son assignation à Châteldon par des SS conduits par Abetz (sur lequel il existe une formidable thèse de Barbara Lambauer , citée par M. Meltz). Cette intervention va définitivement conduire Pierre Laval à être l’homme lige des nazis, sans qu’il en prenne conscience, bien sûr il y a le grotesque intermède Flandin, à mon avis trop développé compte tenu de sa faible importance et surtout la période Darlan particulièrement dangereuse pour la France (Bruno Costagliola) qui n’est pas assez développée pour que les non spécialistes comprennent l’ampleur du passif que Laval prend en charge lors de son retour au pouvoir (retour que Goering lui déconseille fortement avec une empathie surprenante). Plus que jamais le retour de Laval au pouvoir lui est fatal, il devient réellement dans les bulletins des RG l’homme le plus détesté de France, détestation qui va aller crescendo avec la fameuse phrase “je souhaite la victoire de l’Allemagne sinon le Bolchevisme triomphera partout en Europe”, on notera que la dernière partie de la phrase est souvent caviardée…mais pas dans l’ouvrage de Meltz et c’est très bien. Le long processus de délitement du régime de Vichy commence après l’opération Torch en Afrique du Nord le 8 novembre 1942, avec l’envahissement de la zone non occupée (qui était prévue de longue date par la directive Anton d’Hitler qui se dénommait Attila à l’origine). Plus que jamais, Pierre Laval est contraint d’être le gestionnaire de l’intégration de la France à l’économie de guerre du Reich, puis à négocier avec le Gauleiter Fritz Sauckel (qui sera jugé à Nuremberg et pendu) sur la question du STO et qui tente de négocier un système intitulé la relève qui échoue et se retourne contre lui une nouvelle fois. La question de la déportation des israélites et de la complicité active du gouvernement de Vichy est bien traité, et M. Meltz pose la question de savoir si l’Etat français pouvait avoir connaissance de l’assassinat des juifs en Pologne : cela rejoint dans une certaine mesure les travaux de Laurent Joly que j’estime beaucoup, la réponse est très nuancée et l’on suppose que cette extermination par son ampleur démente est demeurée incompréhensible pour les français. la question de savoir si les lois antisémites de Vichy et la persécution des israélites étrangers en accord avec Werner Oberg est une question crucial, certaines études comme les travaux du rabbin Michel montrent que dans une certaine mesure Vichy est parvenu à préserver les juifs français, mais l’on peut se demander si dans la durée en cas de victoire de l’Allemagne nazie cela n’était pas un simple contre la montre : cette question est cruciale et doit être traitée avec rigueur scientifique : la réponse apportée par M. Meltz est négative pour la valeur de la protection, et je suis assez d’accord avec lui, les gens intéressés pourront se reporter au livre maintenant vendu en un seul tome de Serge Klarsfeld “Vichy Auschwitz”. Pour le reste, les dérives vers l’Etat milicien et l’exil forcé en Allemagne à Sigmaringen sont des éléments bien connus faisant l’objet d’une historiographie solide : Pierre Laval commence déjà à mettre au point son système de défense qu’il continuera à roder dans sa cellule de Fresnes…le procès est bien traité avec les anciens magistrats à la botte de Vichy qui jugent maintenant Pierre Laval après avoir été son complice… Mornet et compagnie. Le procès est une pure violation des droits de la défense et c’est bien un procès politique ou il est question de tirer un trait sur la politique de collaboration à l’aide de douze balles dans la peau du mauvais “génie de Pétain”. L’exécution est sordide avec l’épisode de l’empoisonnement raté et la réanimation manu militari. L’exécution en elle même ne me pose aucun problème, c’est certain Pierre Laval ne pouvait pas échapper à son sort, même si la justice sera beaucoup moins rigoureuse avec beaucoup d’autres salauds. D’une manière générale, je conseille la lecture de cet ouvrage et son achat afin d’encourager la recherche universitaire, et j’espère que M Meltz écrira beaucoup d’autres biographies!!!! Mais je conseille aussi la lecture des biographies de Laval écrites par Fred Kupferman et Jean-Paul Cointet.

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